Krousar Thmey - "Nouvelle Famille"  

Histoire récente du Cambodge

 


 

Protectorat français jusqu'en 1953, le Cambodge connut une histoire à deux vitesses:

Depuis l'apogée de l'époque Angkorienne jusqu'au XXe siècle, le pays vit dans une relative candeur faite d'immobilisme bienheureux et de réplications quasi immuables du style de vie ancestral. Récolte, pêche, famille et transmission orale du savoir sont les principales préoccupations du peuple khmer. Du vert ondoyant de ses rizières battues par le vent à l'absolue sérénité de ses habitants, le Cambodge respire la simplicité et le bien-être.

Les siècles s'écoulent rythmés par les occupations alternées des voisins siams et viêts: du XIVe siècle à 1954, le Cambodge ne connaît aucune période de totale liberté ni d'autodétermination. L'envahisseur étranger est toujours présent ; le peuple khmer n'est pas maître de son destin.

En 1954, une fois proclamée l'indépendance vis-à-vis de la France, Sa Majesté Norodom Sihanouk guide son pays sur la voie prometteuse de l'avenir. Une ère de paix, d’indépendance et de progrès semble s’ouvrir.

Hélas, les choses ne tardent pas à changer. Le monde bipolaire de la guerre froide s'organise et l'enlisement américain dans la guerre du Viêt-nam pousse les Etats Unis à appuyer le coup d'état du général Lon Nol en 1970. Le Cambodge rentre alors dans la guerre. Sihanouk déchu, apporte son soutien aux forces qui luttent contre la présence américaine: les Khmers Rouges finissent ainsi par gagner la guerre et prennent le pouvoir.

Le peuple déchante vite lorsque, le 17 avril 1975, les hommes de Pol Pot investissent Phnom Penh, vêtus de noir, de krama rouges et blancs et armés de kalachnikov. Attendus comme des sauveurs, les Khmers rouges et leurs idéaux révolutionnaires communistes surprennent rapidement par leurs manières. L’effroyable révolution "Khmers Rouges" fondée sur le mythe de l’Homme Nouveau commence.

Interdisant toute référence au passé et à l’Occident, la révolution "Khmers Rouges" s’employe à détruire les valeurs traditionnelles khmères. Pagodes, arts, mais aussi dispensaires, système éducatif, système agraire, villes: tout est rasé pour être renouvelé. Les Khmers Rouges s'attachent à modifier l’individu, à le façonner, le remodeler en détruisant la structure familiale, pourtant si importante pour les Cambodgiens. Les communautés entières des villages, auparavant composés de réseaux de familles étendues, développés sur des générations, sont arbitrairement brisées afin de faciliter l'affiliation à l’Angkar, l’Organisation des Khmers Rouges. Les enfants sont séparés de leurs parents et envoyés dans des brigades mobiles de travail. Délations, embrigadement et totalitarisme sont à l'ordre du jour.

En 1979, l'armée vietnamienne intervient et met partiellement terme à ce qui se révèle avoir été un génocide. Entre 1,5 et 3 millions d'individus (sur une population qui en compte alors 7), sont morts de faim ou de fatigue dans les champs de la mort, lorsqu'ils n'ont pas été littéralement assassinés. Mais loin d’être une libération, la manœuvre des Vietnamiens s’avère rapidement prendre la tournure d'une occupation. La satellisation des états autour de la Moscou communiste bat son plein et le Viêt-nam déjà affilié au bloc de l'Est infiltre les administrations et la politique cambodgienne.

La famine consécutive à la destruction du pays et à l'invasion vietnamienne a pour conséquence immédiate de mettre les populations sur la route. Nombreux sont ceux qui fuient vers la frontière thaïlandaise, se regroupant dans des camps de réfugiés (plus de 215 000 d'entre eux pour le seul camp de Site II en Thaïlande).

Le monde bipolaire de la guerre froide a eu raison de la candeur du peuple khmer et l'alternance, en ces années incertaines, de régimes violents finit de désorienter ce peuple au sourire légendaire. Depuis la signature des accords de paix de Paris en 1991, le pays expérimente timidement des idées telles que l'affirmation des droits de l'homme, l'économie de marché et les politiques régulatrices internationales.

Traumatisé, le peuple khmer manque aujourd'hui de références et de modèles, et erre sur la voie des reconstructions sociales, éducatives, culturelles et économiques d'après guerre. Les dérives sont nombreuses ; le sourire n'est plus que façade. Tout reste à reconstruire.