Krousar Thmey - "New Family"  

La route du fer par un petit chiffonnier

 


Au Cambodge, beaucoup d'enfants ne peuvent aller à l'école car ils doivent travailler pour participer à la survie de leur famille (ramasser des déchets récupérables, mendier ou même parfois se prostituer). A Poïpet, Leak est un de ces petits chiffonniers. Voici son histoire ...

La ville de Poïpet (12 000 habitants) se trouve à la frontière de la Thaïlande. C'est le plus grand marché du Cambodge, un lieu par lequel passe presque la totalité des biens de consommation en provenance de la Thaïlande, une ville où beaucoup de gens tentent désespérément de survivre. L'impression d'opulence provoquée par l'arrivée des marchandises de Thaïlande, pays au moins 10 fois plus riche que le Cambodge, attire beaucoup de familles qui n'ont plus la force et la possibilité de nourrir leurs enfants dans le reste du pays. Il s'agit souvent de familles très nombreuses (entre 5 et 10 enfants), sans père, ou avec un père qui, amputé après avoir sauté sur l'une des nombreuses mines, ne peut plus travailler. Ils vivent là dans une très grande misère. Quand l'un d'eux tombe malade, ils n'ont souvent pas d'argent pour le soigner.

Les familles vivent dans des petites maisons de quelques mètres carrés, faites de cartons récupérés et de bambous. Afin de pouvoir manger tous les jours, tous les membres de la famille doivent participer à la survie, même les plus jeunes. Aussi, bien qu'ils rêvent d'aller à l'école, beaucoup d'enfants sont obligés de chercher de quoi gagner un peu d'argent pour se nourrir et aider leur famille (porter les marchandises en provenance de Thaïlande, ramasser les bouts de fer, les bouteilles vides et d'autres détritus récuperables).

Leak a 11 ans, il est né à côté de Battambang, ville située à l'ouest du Cambodge.

Il vit dans une petite maison de bambou et de terre battue d'où il regarde avec envie les enfants de son village se rendre à l'école. C'est pour lui un rêve inaccessible car sa famille est trop pauvre pour lui offrir un uniforme et l'inscrire à l'école lorsque se nourrir est assez bien difficile. Pour ne plus être un poids pour son entourage et être battu par son père, il décide de s'enfuir. Il se rend à Poïpet où, lui a-t-on dit, il est facile de gagner de l'argent...Malheureusement, il se retrouve là, seul, dans ce monde miséreux qu'il ne connait pas, bien loin de son rêve qui se transforme vite en cauchemar.

Au bout de quelques jours d'errance, Leak rencontre d'autres enfants qui, comme lui, abandonnés ou battus, ont choisi de quitter leur famille. Ils vivent là depuis des mois et n'ont trouvé que le soutien d'un ferrailleur qui leur prête de l'argent pour se nourrir, se soigner et s'acheter de temps en temps une petite sucrerie. Pour le rembourser, ils sont obligés de ramasser toutes sortes de déchets pendant la journée qu'ils revendront au poids au ferrailleur: morceaux de fer, de plastique, canette vide... Sans autre solution, il accepte à son tour. Le voilà pris au piège car sa dette augmente tout les jours et il n'arrive pas à la réduire.

Dans la rue, au marché, à la décharge, Leak est à la recherche du moindre petit bout de fer, mais de ce côté de la frontière, ils sont trop à fouiller comme lui pour survivre, il ne reste presque rien à récupérer. Il a entendu dire que de l'autre côté de la frontière en Thaïlande, il était plus facile de trouver des choses qui se revendent à meilleur prix. Là-bas en Thaïlande, les gens sont suffisamment riches pour envoyer leurs enfants à l'école. Personne ne récupère les vieux bouts de fer, les clous rouillés ou les cartons déchirés. Mais il faut prendre des risques. Le passage de la frontière est illégale et il ne faut pas se faire prendre. Avec ses quelques camarades de fortune, il décide donc un jour de passer la frontière sans être vu.

La première fois, tout se passe bien, et ils reviennent avec leur sac de toile rempli de déchets. 4 francs pour se payer une bonne soupe avec quelques morceaux de viande. Malgré le danger, ils tentent à nouveau l'expérience et traversent chaque jour cette frontière. Mais les policiers sont nombreux et repèrent inévitablement les enfants qu'ils tentent de pourchasser chaque jour de nouveau. Quand ils arrivent à mettre la main sur l'un d'eux, les policiers le battent et l'humilient pour le dissuader de revenir. Quand l'un des enfants est pris une seconde fois, ils le mettent en prison quelques jours, le battent avant de le relâcher la tête rasée...

Leak et ses camarades sont alors expulsés à coups de pied, le ventre vide, sans ces "précieux détritus" qui leur auraient permis de manger. Ils retrouvent alors la misère de Poïpet, où chacun tente de gagner la journée ce qui lui permettra de se nourrir le soir. Personne ne peut les aider, personne ne se soucie d'eux. Seul le ferrailleur est la grommelant. Il ne pose d'ailleurs aucune question sur ce qui a pu arriver à Leak et aux autres si ce n'est de leur rappeler qu'ils ont une dette à rembourser.

Seul lui importe que les enfants lui rapportent de la ferraille qu'il revendra par la suite à un bon prix à un grossiste. Le fer s'accumule petit à petit et lorsque le tonnage semble suffisant, il est chargé sur de gros camions avant d'être acheminé vers la Thaïlande ou des usines de recyclage l'attendent. La majorité du fer est transformée en d'énormes bobines de fil qui servent pour les constructions. Puis les bobines sont de nouveau acheminées vers le Cambodge en passant une fois de plus la frontière devant l'indifférence de ces petits chiffoniers qui fixent le sol pour trouver quelques grammes de fer.

Un jour, ils ont rêvé de pouvoir aller à l'école, mais très vite, avec cette dette qui augmente ils se sont dit qu'ils n'auraient jamais cette chance et se sont mis à gratter les tas d'ordures...

Et si ensemble on se mobilisait, si on partageait un peu de notre richesse pour donner à Leak et à ses amis la possibilité de réaliser ce rêve, celui d'aller à l'école, alors, on serait des artisans et des bâtisseurs de paix.

Avec le prix d'un cartable en Suisse ou en France, on permet de payer la scolarité d'un enfant pendant un an. Parrainer la scolarité d'un petit Cambodgien, c'est lui redonner une vie d'enfant... Tout simplement.