Krousar Thmey - "Nouvelle Famille"  

Rencontrez les enfants

Afin de mieux comprendre qui sont les enfants de Krousar Thmey, découvrez quelques-unes de leurs histoires...

 

 

 

Pour la première fois dans l’histoire du Cambodge, trois jeunes aveugles, Vibot, Sothey et Sovannary ont réussi l’examen du Baccalauréat en août 2006. Tous trois âgés de 24 ans, ils ont intégré l’école pour enfants aveugles de Phnom Penh dès son ouverture en 1994. Leurs copies ont été traduites et corrigées par des professeurs de Krousar Thmey en collaboration avec les membres du Ministère de l’Education. Quelques semaines après les examens, les résultats tant attendus sont tombés: tous reçus!

C’est une immense réussite dans un pays qui n’avait aucune structure éducative pour les enfants aveugles il y a quelques années.Tous les trois ont commencé des études supérieures : Sothey en anglais, Vibot et Sovannary en littérature khmère. Cependant il reste beaucoup de progrès à effectuer car au niveau universitaire rien n’existe pour les aveugles.

 

 

Histoire de Veasna

 

 

 

Des rues de Battambang au centre de Chamkar Morn...

Veasna a 12 ans, ses parents sont morts lorsqu’il en avait 8. Il a vécu dans les rues de la province de Battambang pendant près de 3 ans avant de se rendre par ses propres moyens à Phnom Penh.

Laissé à l’abandon, il entre dans un gang, récolte des cannettes pour se faire de l’argent, et sniffe de la colle…

Il finira par être repéré par un agent public des Affaires Sociales qui connaît le directeur du programme « protection de l’enfance » de Krousar Thmey, Mr Phanna. Veasna entre au centre de Chamkar Morn le 5 Juillet 2007.

Aujourd’hui, il est stable. Il participe à toutes les activités et toutes les tâches du quotidien dans le centre. Il est sociable et déjà très charismatique. Il est très avenant et munis d’un sourire et d’un regard qui vous prennent au coeur.

La seule chose qu’il refuse... aller l’école…! Pas facile quand on n’y a jamais mis les pieds…

Des recherches sont menées pour tenter de retrouver un lien avec sa famille. Mais ces recherches avancent péniblement, puisque tout repose sur les frêles souvenirs de ce petit bonhomme, déjà bien écorché par la vie…

 

Histoire de Wanna

 

Des camps de réfugiés au cabinet de masseur...

"Je suis le premier enfant aveugle pris en charge par Krousar Thmey.

J'ai été abandonné dans un hôpital dans le camp de réfugiés Site II en 1991, à l'âge de 10 ans et alors accueilli par Krousar Thmey.

Rentré au Cambodge en 1993, grande fut ma déception : les enfants aveugles n'avaient pas accès à l'éducation.

Krousar Thmey a alors ouvert des écoles spécialisées. On peut dire que je suis à l'origine de la première école pour enfants aveugles du Cambodge!!! J'ai étudié pendant 7 ans, c'était passionnant d'apprendre comme tous les enfants !

Ma matière préférée ? La musique !

En 2001, Krousar Thmey m'a proposé une formation au massage traditionnel.

Je travaille aujourd'hui dans un cabinet avec 14 autres aveugles à Siem Reap et nous vivons maintenant de manière indépendante.

J'adore cette nouvelle vie !"

 

 

Histoire de Sothea et Sothy

 

 

 

 

 

« Nous sommes deux sœurs jumelles, je suis Sothy et voici Sothea. Nous avons 16 ans et nous étudions en grade 6 à l'école pour enfants sourds de Chabr Ampov, Phnom Penh. Nous sommes en effet toutes les deux sourdes.

Notre mère nous a dit qu'elle avait eu la rougeole pendant sa grossesse. Elle ne sait pas si ce sont les médicaments ou la maladie en elle-même, mais nous sommes nées sourdes.

Pendant 9 longues années nous sommes restées cloîtrées chez nous, incapables de communiquer avec nos parents, notre grand frère, notre grande sœur ni même entre nous. Bien sûr, nous nous comprenions mieux qu'avec les autres mais c'était plus instinctif. Nous n'avions aucuns amis et notre famille ne nous portait pas beaucoup d'attention. Ma sœur était tellement triste qu'elle ne voulait même pas aider dans les tâches ménagères.

Un jour que l'on regardait la télévision, nos parents ont vu une émission sur le programme d'éducation de Krousar Thmey. A l'époque, ils venaient d'ouvrir une classe pour enfants sourds dans l'école pour enfants aveugles de Chabr Ampov, c'était en 1996 !

Cela faisait 9 ans que nous n'avions quasiment aucune activité et subitement, nous pouvions apprendre à communiquer et à lire ! Notre vie en a été bouleversée et aucunes de nous deux regrettons notre ancienne vie !

Là où nous avons eu de la chance, c'est que nos parents ont été très enthousiastes à l'idée de nous envoyer à l'école ; de plus, comme mon père est chauffeur de bus, ils avaient suffisamment d'argent pour nous payer les transports jusqu'à l'école. Nos parents apprennent même la langue des signes maintenant !

A l'école nous apprenons pleins de choses ; nous avons des amis et de nombreuses activités. Notre préférée est la danse. Nous apprenons à danser depuis 1997. Quand nous dansons en public, nous sommes fières de montrer aux autres ce que nous savons faire. La danse nous aide à nous sentir forte, à prendre confiance en nous.

Par ailleurs je fais partie d'un groupe de discussion sur la langue des signes. Il existe deux groupes, le premier composé d'élèves de notre école et un autre composé de personnes de DAC (Development Action Council) et de DDP (Deaf Development Program). Nous avons comme mission de créer une langue des signes khmères ! Je suis contente d'apporter ma pierre dans cette entreprise et de contribuer à l'épanouissement de la communauté sourde au Cambodge. Tous les jours, à 10h, nous nous réunissons et parlons de nouveaux signes, ce depuis avril 2003. Maintenant Sothea voudrait en faire partie aussi, mais c'est trop tard…

Grâce à Krousar Thmey, nos parents ont appris à nous connaître et nous avons pu nous épanouir et nous intégrer dans la société. La prochaine étape pour nous, apprendre un métier ! Nous voudrions être professeur ! »

 

 

Histoire de Sam Buntheoun

 

 

 

 

De l'enfant abandonné au père de famille...

"J'ai été recueilli par Krousar Thmey à l'âge de 11 ans dans le camps de réfugiés de Site II. En 1992, j'ai été rapatrié et me suis installé au centre de protection Krousar Thmey de Siem Reap. J'y ai étudié, puis suivi une formation de mécanique pour mobylettes. Je travaille depuis 1997.

J'ai rencontré ma femme, Bith Chan, au centre de protection; elle est orpheline et avait également été confiée à Krousar Thmey en 1993. Elle travaille maintenant dans un grand hôtel de Siem Reap.

Nous nous sommes mariés en décembre 2001 et habitons juste à côté du centre ! Nous avons eu un bébé, Buntheoun Teem Panya, en octobre 2002.

Grâce à Krousar Thmey, nous pouvons maintenant subvenir seuls aux besoins de notre petite famille et menons une vie heureuse !"

 

Histoire de Lim Loeun

 

 

 

 

Lim Loeun est arrivé au centre pour enfants des rues de Poïpet en août 2002

Il a 5 ans. Son histoire ? Un trafiquant l'a emmené en Thaïlande et l'a forcé à mendier dans les rues. Arrêté par la police, il a ensuite été confié à l'Office International des migrations qui l'a rapatrié à la frontière car la mendicité est interdite en Thaïlande.

De retour au Cambodge, il a été recueilli par la grand-mère de deux garcons avec qui il avait été rapatrié. Celle-ci recevait de l'argent de l'IOM pour subvenir à leurs besoins. Mais il semblerait que l'IOM ait subitement arrêté le soutien financier, car la grand-mère a renvoyé les 3 enfants dans les rues de Poïpet.

Loeun a été trouvé errant près de la frontière par les éducateurs de Poïpet qui l'ont emmené au centre pour enfants des rues. Pendant 9 mois, Loeun a pris le temps de se stabiliser au sein d'une "nouvelle famille", pendant que les éducateurs cherchaient la trace de ses parents. Ayant découvert qu'il était orphelin, Loeun s'est s'installé, en mai 2003, dans le centre de protection de Sisophon. Il y mène dorénavant une vie saine entouré d'une quarantaine d'autres enfants et d'une équipe d'éducateurs.

Le traumatisme vécu transparaît encore parfois dans son comportement, il a en effet tendance à être taquin et insolent, mais la nourrice du centre de Sisophon est là pour lui fournir un soutien affectif et le sensibiliser à la vie en communauté.

L'année prochaine il commencera l'école, ce qui devrait le stabiliser davantage encore.

 

Noy, ou l'innocence victime
du traffic d'êtres humains

 

 

 

 

Noy a à peine plus de cinq ans lorsque pour la première fois elle passe la frontière thaïlandaise en direction de Bangkok...

Trop pauvres pour la garder à leur charge, ses parents l'ont vendue à une trafiquante d'enfants au sourire trompeur et aux promesses mensongères. Abandonnée des siens, elle va vivre dans l'enfer des rues de la capitale thaïe durant trois longues années. Quoi de plus "rentable", en effet, qu'une enfant vêtue de haillons et noire de crasse, suppliant d'une voix pleine de détresse les flots de touristes de Bangkok?

Battue et maltraitée par la trafiquante, Noy doit rapporter toujours plus d'argent (environ douze dollars par jour). Dormant sous les ponts, volant pour se nourrir, évitant les réseaux de prostitution enfantine, elle affronte jour après jour le monde hostile de la rue. Il ne s'agit plus de vivre mais de survivre.

Le 10 février 1999, Noy est arrêtée par les autorités thaïlandaises pour mendicité, considérée comme un délit selon la loi de ce pays. Elle est alors incarcérée dans un centre de détention de Bangkok durant plusieurs jours avant d'être rapatriée au Cambodge avec une quinzaine d'enfants qui, comme elle, se trouvaient en situation irrégulière. On estime ainsi que chaque mois, cent à trois cent de ces petits mendiants sont expulsés de Thaïlande où ils faisaient la manche pour le compte d'adultes.

De retour à Poïpet, Noy reste près de deux semaines dans une des maisons d'accueil de Krousar Thmey. Le travail d'enquête de nos éducateurs révèle alors que les conditions de réintégration de Noy dans sa famille sont trop mauvaises pour que cette solution puisse être envisagée. Les risques pour cette enfant de retomber entre les mains de la trafiquante sont énormes. En effet, cette femme, Seng Saroeun, n'a pas hésité une seconde avant de se rendre, avec une escorte "musclée", dans l'enceinte même du village de Krousar Thmey pour réclamer Noy et deux autres enfants rapatriés. Elle voulait récupérer "ses enfants", prétendant être leur mère légitime. L'équipe de Krousar Thmey alerta la police locale et Seng Saroeun fût arrêtée. Au mois de septembre 1999, sous la pression d'une campagne d'affichage lancée par Krousar Thmey contre le trafic d'enfants et la prostitution, elle a été jugée et condamnée à 15 ans de prison.

Sortie des griffes de cette criminelle, Noy réapprend peu à peu à vivre comme une petite fille. Elle a rejoint la famille de Kpop Veng. Aujourd'hui, Noy a une maison, une famille et va à l'école tous les jours. Après quelques mois difficiles durant lesquels elle refusait de parler et de jouer, enfermée dans son silence et son passé, Noy connaît enfin une vie d'enfant, dans un environnement chaleureux. Elle a aujourd'hui 11 ans et suit les cours de niveau classe 2.

Et si ensemble on se mobilisait pour continuer à aider ces enfants si courageux à retrouver leur dignité.

 

Thai Riya

 

 

 

 

 

 

 

 

Je m'appelle Thai Riya, j'ai 17 ans et j'étudie actuellement en classe de 9ème

"Le collège où j'ai été pendant 4 ans proposait à tous les élèves l'apprentissage d'une activité artistique, dans l'Ecole d'Arts et de Culture Khmers de l'ONG Krousar Thmey, basée à Sisophon. J'ai choisi la danse traditionnelle car je trouve cet art magnifique.

Cette activité m'a tellement plu qu'il y a 3 ans, j'ai demandé à mes parents l'autorisation de faire partie de la troupe permanente de l'école. Etre membre de la troupe impliquait de répéter beaucoup plus souvent et de partir un dimanche sur deux dans des villages reculés danser dans le cadre de la campagne de prévention contre le trafic et la prostitution d'enfants de Krousar Thmey. Au début ils n'étaient pas vraiment d'accord car ils voulaient plutôt que je les aide dans leur salon de coiffure, mais j'ai insisté et fait valoir le fait que Krousar Thmey nous offrait le matériel scolaire et des cours d'anglais gratuitement.

Voyant ma motivation, ils ont finalement accepté !

Mon frère a également fait partie de la troupe. Maintenant il étudie le dessin à Phnom Penh, avec un des peintres les plus connus du Cambodge. Ma soeur, Thai Lina, danse avec moi aussi. J'ai encore un autre frère et une autre soeur, mais ils ne font pas partie de la troupe des permanents !

1 dimanche sur 2, nous partons proposer notre spectacle dans un petit village. J'aime danser devant les villageois car j'essaye de leur faire apprécier leur culture et leurs traditions. La pièce de théâtre permet quant à elle de leur faire comprendre ce qui est bien et ce qui est mal. Les coupables sont arrêtés et les enfants retrouvent leur mère à la fin.

Plus tard, je voudrais être journaliste ; mais j'ai encore des progrès à faire en anglais !"