Krousar Thmey - "New Family"

 

 

4. Les cités hydrauliques d'Angkor

 

 

Baray

 

Qu'est-ce qu'un baray?

Angkor est située au pied d'un vaste château d'eau naturel d'où coulent plusieurs rivières : le Mt Kulen. Mais l'eau est une ressource capricieuse et le surplus doit être stocké en vue de la saison sèche.

Les rois d'Angkor le comprirent et décidèrent de construire des baray. Les baray étaient des réservoirs artificiels alimentés par les pluies de la mousson et des rivières dont on détournait le cours.

En regardant le croquis à gauche, vous verrez combien les baray étaient bien pensés : plutôt que de creuser, on a érigé des digues pour retenir l'eau ! L'eau pénètrait par la digue nord et était ensuite libérée pour irriguer les rizières. Mais si astucieux soient-ils, les baray n'étaient pas faits pour durer...

 

 

Un ensablement inévitable

Le pouvoir d'Angkor était basé sur sa gestion de l'eau... mais les choses n'étaient pas si simples ! Avec le temps, les canaux s'envasaient et le sable remplissait peu à peu les baray. Les digues étaient dans un premier temps surélevées, mais très vite la construction d'un nouveau baray s'imposait !

Ce phénomène irréversible est l'une des raisons pour lesquelles de nombreux rois ont souhaité avoir leur propre baray.

Et si les baray ne servaient pas à l'irrigation?

Les baray n'étaient pas seulement des réservoirs : en les faisant construire, les rois consolidaient leur pouvoir. Mais aussi, les baray avaient une fonction religieuse évidente. L'eau stockée et les temples centraux symbolisaient l'océan mythique entourant le Mt Méru, foyer des dieux. Les baray étaient donc des sites sacrés.

Certains chercheurs pensent même que les baray n'étaient pas du tout destinés à l'irrigation. Ils soutiennent que la manière dont l'eau aurait été redistribuée demeure vague sinon inconnue et qu'aucun des anciens manuscrits ou inscriptions n'en parle. Il ne fait aucun doute qu'avec le temps, les considérations religieuses devinrent de plus en plus importantes. Toutefois, il est difficile de déterminer quelle était la fonction première des baray... le débat reste ouvert !

Indratataka ou le premier baray

Indratataka, ou "le bassin d'Indra" en sanscrit, fut le premier baray. Il a été construit vers 880 par le roi Indravarman I près de Roluos, située 15 km au sud de là vous vous trouvez en ce moment ! Le réservoir était un rectangle parfait et il était quatre fois plus long que large. Les digues mesuraient de 2 à 5 m et plus de 10 millions de m3 étaient stockés ! La rivière de Roluos alimentait le baray, qui assurait la consommation de dizaines de milliers d'hommes. Le baray est aujourd'hui asséché, mais vous toujours pouvez y voir le temple qui fut autrefois une île au centre du réservoir...

Le deuxième baray

Ce qu'on appelle aujourd'hui le baray oriental fut le deuxième baray à être construit. Les travaux se sont achevés à la fin du 10ème siècle sous le règne de Yaçovarman I. Ce deuxième baray était cinq fois plus grand que le premier (Indratataka). Imaginez un réservoir long de 7 km et large de 2 km, encadré de digues hautes de 5 à 8 m ! Des centaines de milliers d'hommes pouvaient alors être alimentés en eau. Le Mébon oriental, un temple-montagne dédié à Shiva, fut achevé en 953. Situé au centre du réservoir, on ne pouvait alors y accéder qu'en bateau. Le baray oriental est désormais recouvert par les rizières... mais pourquoi ne pas aller visiter le Mébon ?

Le plus vaste des baray

La taille des baray et des cités royales allait croissant. Le baray occidental, qui était le troisième, était aussi le plus imposant. Il était long de 8 km et large de 2,2 km et encadré de digues hautes de 10 à 17 m ! Dès lors, plus de 100 km2 de rizières pouvaient être irrigués, qui faisaient vivre près d'un million d'hommes. Mais, si vaste était-il, ce troisième réservoir s'ensabla peu à peu... Les digues furent surélevées pour tenter d'approfondir le baray, ce qui noya l'ilôt central du temple du Mébon occidental. Construit en 1050, le baray occidental fut en partie restauré au début des années 50. Aujourd'hui, il demeure partiellement en eau, perpétuant le souvenir de l'Age d'or d'Angkor...

 

 

Srah Srang

 

 

Srah Srang

Srah Srang, ou "bain royal", date du 10ème siècle mais fut refaçonné deux cents ans plus tard. C'est un petit bassin de 700m sur 300, qui est toujours en eau. Srah Srang fait partie d'une série de plus petits réservoirs destinés à suppléer le baray occidental. Mais la plupart s'avérèrent dérisoires: c'est le système en lui-même qui atteignait peu à peu ses limites...

Le dernier baray

Le dernier des baray d'une certaine ampleur fut achevé sous le règne de Jayavarman VII à la fin du 12ème siècle. Quatre bassins entouraient un réservoir central. Mais la capacité globale du baray se limitait à 15 millions de m3! Le réservoir s'avéra insuffisant et s'ensabla une fois de plus. Comme vous pouvez le voir sur la photo, le temple central était autrefois recouvert par un arbre... jusqu'à ce qu'un orage le déloge en 1935. De plus, les eaux du Neak Pean avaient des vertus curatives... qu'elles auraient conservées ! [suite]